Fourmi magnum


La Fourmi magnum Tapinoma magnum est originaire de la zone méditerranéenne et colonise progressivement l’Europe. Elle a été introduite depuis une vingtaine d’années dans différents pays via le commerce de végétaux en pots issus du bassin méditerranéen, notamment des oliviers (le nid est transporté avec la motte de terre de l’arbre).

Biologie

Classification

Les fourmis sont des Hyménoptères comme les abeilles, guêpes et frelons. Ces insectes forment des colonies (ou fourmilières) plus ou moins complexes. Certaines espèces peuvent s’organiser en supercolonies composées de plusieurs centaines de millions d’individus répartis en plusieurs milliers de fourmilières reliées les unes aux autres. C’est le cas de la Fourmi magnum qui peut former des colonies abritant 20 millions d’ouvrières et plusieurs dizaines de milliers de reines. Ses nids sont souterrains, on les trouve dans la terre, dans les interstices des trottoirs, dans les fissures des murs ou encore sous des matériaux posés au sol (dalles, pavés, bois, etc.), mais toujours dans des zones bien ensoleillées et végétalisées. On les qualifie d’opportunistes car elles colonisent tous types de secteurs fortement anthropisés comme les parkings, les jardins, les cimetières ou les bords de route. Ces milieux, considérés comme dégradés et présentant souvent une très faible biodiversité (avec peu voire pas de concurrence), facilitent l’installation et le développement de colonies pouvant alors s’étendre sur plusieurs milliers de mètres carrés, notamment dans les zones villas offrant de grands secteurs favorables et continus. Les ouvrières forment des monticules sablonneux à l’entrée des nids et créent des colonnes d’individus entre les nids et les zones de nourriture. Ce comportement est caractéristique de l’espèce. Les ouvrières sont d’ailleurs capables de se déplacer à plus de 30 mètres autour du nid (Gouraud & Kaufmann, 2022).

Cette organisation constitue un avantage compétitif sur les espèces locales, notamment pour les ressources alimentaires. La Fourmi magnum est omnivore mais recherche particulièrement les substances sucrées d’origine végétale (nectar, fruits) ou animale (miellat issu de l’élevage de pucerons par les fourmis). Elle consomme également des invertébrés vivants ou morts (parfois de petits vertébrés). Elle résiste aux basses températures et est active et visible quasiment toute l’année contrairement aux fourmis locales.

Morphologie

Pour identifier la Fourmi magnum, plusieurs caractéristiques sont à prendre en compte :

  • les individus sont entièrement noirs ;
  • ils sont de taille différente au sein de la même colonie et peuvent mesurer entre 1 et 5 mm ;
  • lorsqu’ils sont écrasés entre les doigts, les individus sentent une odeur forte de « beurre rance » très reconnaissable contrairement à d’autres fourmis locales qui ne sentent rien ou qui sentent le vinaigre (odeur acide).

Leur très grand nombre et leur comportement défensif (réaction très vive et morsure en cas de dérangement) sont également des critères discriminants.

Même si l’ensemble des précédents critères sont réunis, il existe des risques de confusion car d’autres espèces locales du genre Tapinoma sont présentes et très ressemblantes. Une identification par un spécialiste est nécessaire sur la base d’individus collectés.

Signaler une observation suspecte

En cas d’observation répondant à tous les critères ci-avant, transmettez votre signalement potentiel de Fourmis magnum sur le site de l’État de Genève.

Impacts

La Fourmi magnum est nuisible pour les autres fourmis indigènes notamment parce qu’elle accapare les ressources alimentaires. Par ailleurs, le très grand nombre d’individus peut également avoir un impact négatif sur les populations d’invertébrés terrestres dont elles se nourrissent (Gourraud & Kaufmann, 2022). Enfin, l’abondance et l’intense activité de ces insectes peuvent occasionner une forte gêne pour les jardiniers et les usagers des espaces envahis (parcs, écoles, habitations…), car les ouvrières sont agressives lorsqu’elles sont dérangées et mordent (sans dangerosité toutefois). Aussi, elles causent indirectement des dommages aux arbres fruitiers et à divers légumes en élevant de grandes quantités de pucerons qui fragilisent les végétaux.

Le rôle du PIBG

Le Pôle Invertébrés du bassin genevois travaille depuis 2023 sur mandat de l’Office cantonal de l’agriculture et de la nature (OCAN) pour coordonner la lutte et assurer le suivi de cette espèce invasive. L’association assure notamment :

  • Le traitement des signalements reçus par les citoyens ;
  • Le suivi de l’évolution de la colonisation en cartographiant les secteurs colonisés ;
  • Le conseil auprès des communes, des services cantonaux, des particuliers, des désinsectiseurs, des paysagistes, des pépiniéristes, etc. ;
  • La veille sur les méthodes de lutte par des échanges réguliers avec les autres cantons suisses et divers acteurs européens.

Moyens de lutte

Prévention

La stratégie cantonale de lutte et les préconisations de lutte définies et mises en œuvre à Genève sont à consulter directement sur le site web de l’Etat de Genève ici : Lutter contre la Fourmi magnum.

En résumé, le premier (et le meilleur) moyen de lutter contre cette espèce est d’éviter son installation :

  • En tant que jardinier/paysagiste : contrôler régulièrement la présence de fourmis à la réception, avant le transport ou après le stockage de plantes en pots, de matériaux et de terre, pour éviter le déplacement d’une colonie. En cas de colonisation, inonder le pot pendant 24 heures ;
  • En tant que producteurs/vendeurs de végétaux : contrôler régulièrement à l’intérieur et les abords des bâtiments et des serres. Vérifier les pots dès leur réception et avant leur transport. En cas de colonisation, inonder le pot pendant 24 heures ;
  • En tant que particulier : contrôler les pots avant tout achat de plantes en particulier les oliviers, les palmiers, les figuiers et les citronniers.

Plus la détection est précoce, plus il sera facile de l’éradiquer car une fois la Fourmi magnum bien installée, la lutte se révèle extrêmement difficile voire impossible à mettre en œuvre. L’éradication des foyers d’introduction ne peut être sérieusement envisagée que dans le cas d’une jeune colonie contenue dans un périmètre restreint à quelques centaines de mètres carrés (Gourraud & Kaufmann, 2022).

Lutte active

L’application de traitements chimiques classiques fonctionnent uniquement à l’intérieur des habitations et est à proscrire en extérieur car l’effet ne sera que temporaire et surtout contre-productif en éliminant les espèces locales (compétiteurs et prédateurs). Le recours à des méthodes de lutte thermique telles l’utilisation d’eau chaude sur les dômes de terre (ou de sable) excavés est efficace pour réduire les densités de population.

Références

Gouraud C. & Kaufmann B. (2022). Nouvelles observations des fourmis invasives du complexe des Tapinoma gr. nigerrimum dans le Massif armoricain. Invertébrés Armoricains 23: 23-38.